Andreessen Horowitz vient de publier la 6e édition de son classement des 100 outils IA les plus utilisés dans le monde. Le verdict est sans appel : ChatGPT reste le leader incontesté, mais la course est loin d’être terminée. Claude affiche une croissance de ses abonnés payants supérieure à 200 % sur un an. Les agents IA entrent dans le classement pour la première fois. Et l’image standalone s’effondre au profit de la vidéo. Voici ce que ces chiffres disent vraiment de l’état du marché IA en 2026.
Méthodologie : pourquoi cette 6e édition est différente
Chaque semestre, le fonds d’investissement Andreessen Horowitz (a16z) publie son classement des outils d’IA générative les plus utilisés au monde, basé sur les données SimilarWeb (web) et Sensor Tower (mobile). La 6e édition, fondée sur les chiffres de janvier 2026, marque un changement important de périmètre.
Jusqu’ici, le classement ne recensait que les outils nativement IA. Désormais, a16z élargit son scope aux applications ayant intégré l’IA comme composante centrale de leur expérience : CapCut, Canva, Notion, Grammarly. Ce changement méthodologique n’est pas anodin — il reflète une réalité de marché : l’IA n’est plus un produit à part, c’est une couche qui s’intègre dans les outils existants.
Ce que ce classement mesure, ce n’est pas la qualité technique des modèles. C’est leur adoption réelle, leur usage au quotidien par des millions de personnes. Et c’est précisément pour ça qu’il est utile à lire.
ChatGPT domine, mais ses rivaux accélèrent fort
ChatGPT reste, de très loin, le produit IA grand public le plus utilisé au monde. Sur le web, son trafic est 2,7 fois supérieur à celui de Gemini, qui occupe la 2e place. Sur mobile, l’écart est similaire (2,5 fois). OpenAI revendique désormais 900 millions d’utilisateurs actifs par semaine — soit plus de 10 % de la population mondiale. C’est un chiffre qui mérite d’être répété : un humain sur dix utilise ChatGPT chaque semaine.
Mais le tableau de bord des abonnements payants raconte une autre histoire. Selon les données Yipit citées par l’étude, Claude affichait en janvier 2026 une croissance de ses abonnés payants de plus de 200 % sur un an, et Gemini progressait de 258 %. Ces taux de croissance sont sans commune mesure avec ceux de ChatGPT, qui part certes d’une base bien plus large.
Un phénomène de multi-usage se développe également : environ 20 % des utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT sur le web utilisent aussi Gemini dans la même semaine. La fidélité exclusive à un seul assistant IA commence à s’éroder, exactement comme ce qu’on observe avec les navigateurs ou les moteurs de recherche.
Top 10 web et mobile — janvier 2026
Sur le web : 1. ChatGPT · 2. Gemini · 3. Canva · 4. DeepSeek · 5. Grok · 6. Claude · 7. Character.ai · 8. Perplexity · 9. Notion · 10. Google AI Studio
Sur mobile : 1. ChatGPT · 2. CapCut · 3. Gemini · 4. Canva · 5. AI Gallery · 6. Picsart · 7. Doubao · 8. Microsoft Edge · 9. Meituan · 10. Yandex
Données : Andreessen Horowitz · SimilarWeb + Sensor Tower · Janvier 2026
La guerre des connecteurs : ChatGPT vs Claude, deux stratégies opposées
Un des enseignements les plus intéressants de cette édition concerne les écosystèmes de connecteurs — ces intégrations qui permettent aux assistants IA de se brancher aux outils tiers. C’est devenu un enjeu stratégique majeur.
ChatGPT propose plus de 220 applications réparties dans 13 catégories : voyage, shopping, santé, divertissement, mais aussi productivité. Claude, de son côté, mise sur environ 160 connecteurs orientés usages professionnels : données financières, infrastructure développeur, outils scientifiques. Les deux plateformes ne partagent qu’une quarantaine d’applications communes — essentiellement les grandes plateformes de productivité comme Slack, Notion, Figma ou Gmail.
C’est une divergence stratégique claire. ChatGPT cherche à devenir le portail universel, l’assistant pour tous les moments de vie. Claude cible les utilisateurs professionnels et techniques, ceux qui ont besoin d’intégrations pointues pour des workflows complexes. Ce positionnement est cohérent avec les plans d’abonnement : Claude Max à 100 ou 200€/mois vise explicitement les power users.
Pour les professionnels du digital qui conseillent leurs clients sur l’adoption de l’IA, cette divergence a des implications concrètes. Une équipe marketing grand public sera peut-être mieux servie par l’écosystème ChatGPT. Une équipe de développeurs ou d’analystes financiers trouvera probablement plus de valeur dans les connecteurs Claude.
Les agents IA entrent dans le classement — et ça change tout
La nouveauté la plus significative de cette 6e édition, c’est l’entrée des agents IA dans le classement. Dans les éditions précédentes, les outils qui montaient étaient des assistants conversationnels ou des générateurs de contenu. Désormais, des agents capables d’enchaîner des actions de façon autonome commencent à attirer des volumes d’usage significatifs.
Le cas le plus emblématique est celui d’OpenClaw, un projet open source développé par un développeur autrichien. L’agent, qui se connecte aux applications de messagerie pour exécuter des tâches multi-étapes, est devenu le projet le plus étoilé sur GitHub — devant React et Linux. OpenAI l’a racheté en février 2026. Manus (44e du classement web) avait été racheté par Meta en décembre 2025 pour environ 2 milliards de dollars. Genspark (47e) revendique 100 millions de dollars de revenus annuels récurrents.
Ces agents entrent en concurrence directe avec les capacités agentiques que ChatGPT, Claude et Gemini développent en interne. Le marché de l’agentique est en train de se structurer autour d’une question simple : vaut-il mieux un agent spécialisé indépendant, ou une plateforme généraliste avec des capacités agentiques intégrées ? La réponse déterminera quelles startups survivront à l’intégration par les grands modèles.
Image standalone en chute libre, vidéo IA en forte hausse
Le paysage des outils créatifs a radicalement changé depuis la première édition du classement en 2023. À l’époque, sept des neuf outils créatifs présents dans le Top 50 web étaient des générateurs d’images. Trois ans plus tard, il n’en reste que trois.
L’explication est mécanique : à mesure que ChatGPT et Gemini intègrent des capacités de génération d’images de plus en plus performantes, les outils standalone perdent leur raison d’être pour le grand public. Midjourney, qui figurait dans le Top 10 lors de la première édition, est relégué à la 43e place. Les plateformes qui résistent — Leonardo, Ideogram, CivitAI — survivent en ciblant des communautés créatives spécifiques avec des fonctionnalités avancées que les généralistes n’offrent pas.
La vidéo IA suit la trajectoire inverse. Elle est portée notamment par des outils développés en Chine : Kling AI, Hailuo, PixVerse. Côté américain, Veo 3 de Google a contribué à faire remonter Google Labs de la 36e à la 25e place. Suno (musique) se maintient à la 15e place, ElevenLabs (voix) figure dans le classement depuis la toute première édition — ce sont des niches que les généralistes n’ont pas encore colonisées.
Ce que je retiens — lecture stratégique pour les professionnels du digital
Deux signaux me semblent particulièrement actionnables dans ce rapport. Premier signal : la croissance de +200 % des abonnés payants Claude en un an n’est pas un accident. Elle confirme que les utilisateurs qui ont un usage professionnel intense de l’IA — et qui sont prêts à payer pour — ne se contentent plus de ChatGPT. Pour ceux qui font du conseil en stratégie digitale ou en IA, c’est un argument concret pour recommander une approche multi-outils plutôt qu’une dépendance exclusive à un seul modèle. Deuxième signal : l’entrée des agents dans le classement marque la fin du « test & learn » agentique. Des outils comme OpenClaw ou Genspark ont des millions d’utilisateurs réels, des revenus mesurables. L’agentique n’est plus un sujet pour les early adopters — c’est un marché. Si vous n’avez pas encore intégré la question des agents dans votre stratégie digitale 2026, vous avez du retard à rattraper.
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